
Depuis leur première apparition publique, les boîtes de soupe Campbell d'Andy Warhol ont (le jeu de mots est volontaire) suscité la controverse. Cette série iconique a été à la fois saluée comme un chef-d'œuvre et dénoncée comme une aberration. Comment ces boîtes ont-elles pu provoquer un tel tumulte dans le monde de l'art ?
Lors de leur première exposition, les 32 boîtes de soupe Campbell's furent moquées. Au premier abord, elles ne représentaient pour la plupart que les 32 saveurs de soupe différentes que Campbell's proposait à l'époque. Personne ne sembla remarquer que leur présentation ressemblait étrangement aux rayons des supermarchés, regorgeant de produits. La disposition de chaque boîte recelait le symbole de l'abondance américaine. Elles reflétaient subtilement la consommation de masse florissante, renvoyant ainsi l'image de celle du consommateur lambda.

Parallèlement, le procédé de sérigraphie répétitif de Warhol réduisait ses sujets à des images insipides. Ce faisant, il s'appropria le logo de Campbell jusqu'à ce que la marque et Warhol ne soient plus distinguables. L'œuvre propulsa Warhol sur la scène internationale, faisant de lui la plus grande célébrité artistique depuis Picasso. Il bénéficia toutefois d'un petit coup de pouce de l'artiste français Marcel Duchamp.
Duchamp, qui affirmait : « Je m’intéresse aux idées, et non pas seulement aux produits visuels », a révolutionné la conception académique de l’art qui, jusqu’alors, jugeait la valeur d’une œuvre uniquement à l’aune des efforts et du travail déployés dans un but édifiant. Cette définition de l’art moderne a permis à l’œuvre de Warhol d’être reconnue comme telle. Techniquement parlant, Andy Warhol n’a pas créé d’œuvre profonde. Cependant, son travail a incité le public à porter un regard différent sur les choses en transposant des objets d’un lieu (par exemple, un supermarché) à un autre (par exemple, un musée).
Le contexte et le sens ont primé sur la technique. L'art ne se limitait plus à ce que l'on voyait, mais englobait l'idée sous-jacente à l'image. Warhol a su dissimuler ses véritables intentions et continue de nous intriguer. Son imagerie étant désormais ancrée dans l'imaginaire collectif, il est temps de mettre le débat de côté et de le laisser mûrir.